Continent de plastique : l’histoire d’un désastre écologique

Des milliards de déchets plastiques souillent les océans, formant au fil des années une énorme masse qui s’étend de plus en plus dans le Pacifique. Plusieurs autres fonds marins, notamment ceux de l’Atlantique et de l’océan Indien sont également concernés par cette pollution grandissante.

Les détritus de plastique sont à la base de plusieurs désastres d’ordre écologique qui affectent non seulement les espèces marines, mais également les humains. Voici une présentation de cette zone appelée « septième continent » ainsi que les solutions envisageables pour freiner ses effets néfastes sur l’écosystème marin.

Continent de plastique : qu’est-ce que c’est ?

Pollution_plastiqueLe continent de plastique est une concentration importante de déchets dans les bassins océaniques du Pacifique du Nord et du Sud. Sa formation est favorisée par des phénomènes naturels, notamment la force du vent et des courants marins qui regroupent les détritus au sein des gyres ou vortex. Ces derniers désignent de gigantesques tourbillons d’eau qui aspirent et retiennent les ordures par la force centripète. En dehors du Pacifique, il existe plusieurs autres zones d’accumulation de plastique, notamment l’Atlantique du Nord et du Sud ainsi que l’océan Indien.

Également connu sous les appellations « gyres de déchets », « soupe de plastique » ou encore « vortex d’ordure », le continent de plastique renferme plus de sept millions de tonnes de déchets, avec environ 269 000 tonnes de matières plastiques flottantes. Ces chiffres sont en constante évolution en raison des activités humaines qui contribuent à la pollution des fonds marins par des matières non biodégradables (polymères, débris de bateaux). Une fois dans les vortex océaniques, 90 % des déchets subissent une photo-dégradation rapide réduisant leur taille entre 1 et 5 mm. Ils ont une longévité atteignant des centaines d’années (allant jusqu’à 1000 ans), sans que leur caractère toxique se modifie.

Des conséquences dramatiques

La pollution des bassins océaniques par les plastiques engendre plusieurs conséquences désastreuses sur l’écosystème marin. L’ingestion de ces ordures de petite taille par les poissons, les tortues et bien d’autres mammifères est susceptible de les étouffer ou d’engendrer des blessures au niveau de leur système digestif. Ces animaux marins ont également une espérance de vie diminuée. Une étude menée par l’Organisation Non Gouvernementale Greenpeace estime que près d’un million d’oiseaux et plus de cent mille mammifères marins meurent chaque année après l’ingestion de déchets. De plus, des espèces d’araignées d’eau et d’algues se développent rapidement au sein des gyres, ce qui fragilise davantage la flore marine.

Par ailleurs, les effets nocifs des substances toxiques contenues dans les plastiques peuvent porter préjudice à la chaîne alimentaire. En effet, les espèces de poissons comestibles sont susceptibles d’altérer la santé de l’homme.

Pourquoi cette zone est-elle appelée le septième continent ?

7e-continent-pollutionBien que les déchets plastiques soient concentrés dans plusieurs gyres océaniques de la planète, une zone attire particulièrement l’attention des scientifiques et navigateurs. Il s’agit du vortex situé dans l’océan Pacifique, entre la cellule de Ferrel et celle de Hadley. En raison de sa superficie qui s’étend sur 3,5 millions de kilomètres carrés, cette immense plaque de déchets a été baptisée le septième continent de plastique. Elle a été découverte en 1997 et comporte environ 750 000 débris par kilomètres carrés, avec une masse totale avoisinant 80 000 tonnes.

Selon les estimations des chercheurs, ce vortex est composé de plastiques à 90 %, avec 80 % de détritus qui proviennent des côtes terrestres de 192 pays. Les 20 % de ces matières nocives, composées de polyéthylène, de polypropylène et de poly-téréphtalate d’éthylène, proviennent des bateaux.

Par ailleurs, la pollution des bassins du 7e continent affecte près de 267 espèces marines qui ne parviennent pas à digérer et à éliminer les matières ingérées.  Les causes principales de cette pollution grandissante sont entre autres la mauvaise gestion du traitement des déchets terrestres qui sont déversés dans les océans chaque année.

Les chercheurs expliquent cette ingérence par le manque d’expérience des industries de traitement et de valorisation des déchets plastiques ainsi que l’indisponibilité d’infrastructures dans de nombreux pays. En outre, les scientifiques précisent que la réalité des désastres rencontrés dans le Pacifique est bien pire que les données estimées.

Qui a découvert le 7e continent ?

7e-continentLe septième continent a été découvert en 1997, dans les eaux du Pacifique, par l’océanographe américain Charles J. Moore. Ce dernier y a mesuré une concentration de 334 000 déchets par kilomètres carrés. Il a ensuite collecté des échantillons à 10 mètres de profondeur, dont l’analyse révèle que la plupart des déchets se composent de fils de pêche.

Par ailleurs, l’estimation de l’étendue des plastiques du 7e continent découvert par Charles J. Moore dépend de plusieurs sources. D’autres chercheurs évaluent cette superficie à 1 400 000 km² ou 2 000 000 km², soit trois fois la superficie de la France. En 2012, on estime que ce gyre de plastiques fait le tiers de l’Europe, soit six fois la superficie de la France.

Quelles solutions existent pour se débarrasser du continent de plastique ?

De récentes études évaluent la masse de résidus de plastique à 150 millions de tonnes. Si rien n’est fait pour freiner cette crise environnementale, il est évident que les déchets de plastique continueront à envahir les océans, joncher les rivages et altérer la faune sous-marine. Selon un rapport publié en 2016 par le Forum économique mondial et la Fondation Ellen MacArthur, les océans contiendront plus de déchets que de poissons d’ici 2050.

La question du nettoyage des vortex d’ordures se pose de plus en plus, mais de nombreux facteurs freinent sa mise en œuvre. On peut noter les difficultés d’accès aux gyres, les tailles réduites des millions de fragments plastiques ou encore l’absence d’une réelle impulsion politique.

Afin d’endiguer cette catastrophe écologique qui menace, plusieurs institutions, entreprises et  scientifiques se mobilisent. Leur objectif est de contribuer à la diminution de la concentration de plastique dans les gyres. Voici les projets les plus prometteurs dans ce sens.

Ocean Cleanup

Le projet Ocean Cleanup est une initiative du jeune Néerlandais Boyan Slat qui vise à capturer les déchets marins à l’aide de plusieurs barrières filtrantes. Dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet, une équipe d’ingénieurs de la fondation The Ocean Cleanup a mené des études sur plusieurs échantillons de déchets collectés. Environ 1,2 million de débris ont été analysés en l’espace de 2 ans, en plus des nombreux survols aériens effectués dans la zone.

Boyan Slat prévoit de nettoyer en 5 ans près de 50 % des gyres de déchets situés dans le Pacifique du Nord. Une fois les plastiques océaniques récoltés, ils seront recyclés dans des structures spécialisées. Cette ambition fait tout de même l’objet d’avis mitigés de la part de certains scientifiques qui soulignent que les barrières pourraient laisser passer les plus fines particules. De plus, sachant que près de 15 millions de tonnes de plastiques sont déversées dans les fonds marins chaque année, les actions du projet Ocean Cleanup risquent de ne pas suivre le rythme.

Les spécialistes encouragent Boyan Slat à se pencher prioritairement sur la problématique de la réduction des déchets produits sur terre.

Plastic Odyssey

Transformer les débris de plastique non recyclables en carburant pour bateau, tel est le but visé par le projet Plastic Odyssey, initié par deux jeunes ingénieurs français.  Ils prévoient de construire un catamaran océanographique qui n’est encore qu’à l’état de prototype. Le navire amorcera tout de même son tour du monde dès 2020 et fera 33 escales en trois ans.

Le projet Plastic Odyssey permettra de collecter les plastiques en mer et sur les côtes maritimes. Les déchets recyclables seront transformés en objets réutilisables. Ceux qui sont non recyclables seront transformés en carburant par pyrolyse. Cette technique consiste à la décomposition chimique des plastiques afin d’obtenir le combustible qui servira à alimenter les moteurs du catamaran.

Le Manta

À travers le projet Manta, le navigateur franco-suisse Yvan Bourgnon s’est donné pour mission de collecter et de compresser près de 600 mètres cubes des plastiques des vortex. Dans ce cadre, il a conçu un imposant catamaran dont les dimensions sont comparables à celles d’un terrain de football. Cet appareil est capable de compacter plusieurs tonnes de déchets grâce aux tapis roulants dont il est équipé et qui s’immergent jusqu’à un mètre sous l’eau. Il faut préciser que ce grand navire devrait prendre la mer dès l’année 2022, avec une quarantaine de navigateurs à bord.

Par ailleurs, il existe plusieurs autres initiatives qui pourraient contribuer à éviter la catastrophe écologique engendrée par le continent de plastique. C’est notamment le cas du projet PlasticRoad qui envisage de créer des routes avec du plastique provenant des océans ou encore de l’initiative SoluBag qui a permis de créer des sacs plastiques non polluants et solubles dans l’eau.

Retenons qu’en plus des projets prometteurs déjà mis en œuvre pour se débarrasser des déchets du 7e continent, il sera nécessaire de limiter considérablement la production des plastiques à usage unique. Les scientifiques recommandent également qu’il y ait une meilleure gestion des déchets à terre afin que ceux-ci n’atteignent pas la mer. Autre solution intéressante, l’invention de nouveaux matériaux, notamment les plastiques biodégradables, qui se décomposent réellement en mer.

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